Premières empreintes

Publié le 22/06/2017

Pourquoi l’être humain est-il si peu autonome à la naissance en comparaison avec les autres mammifères ? Dans quelle mesure le déroulement de la grossesse, de l’accouchement, des 1ers mois de vie peuvent avoir un impact sur le développement de l’être ? À quoi sert l’étape du 4 pattes ? Est-ce que vraiment « tout se joue avant 3 ans ? » Comment puis-je accompagner mon enfant dans les premiers pas de son épanouissement ?

Le bébé est le plus fragile des mammifères. Son système nerveux n’étant pas te rminé, il ne bénéficie d’aucune autonomie. Le petit d’homme est le seul mammifèr
e qui mette environ 1 an à se mettre debout alors que tous les autres le sont dans les 2 heures qui suivent leur naissance. Sans aliments et sans soins, il périt au bout de quelques jours.

Au cours de l’évolution le volume crânien a tant augmenté que si l’enfant ne devait naître qu’à maturité de son cerveau égale à celle des autres mammifères, la durée de gestation approcherait les 2 ans.

Parallèlement à cela, le passage à la bipédie a également entraîné le raccourcissement du bassin de la femme dont le canal pelvien devint alors trop étroit par rapport au volume du cerveau du nouveau-né. La durée de la gestation se serait donc peu à peu raccourcie, et lorsque l’enfant arrive au monde, il a devant lui de longs mois d’apprentissage pour acquérir la marche bipède assurée.

Selon le Dr Raymond Houdart, neuro­chirurgien, « le petit enfant vient au monde avant que ne soit terminée la période fœtale de son développement, c’est-à-dire avant que son cerveau ne soit programmé, de telle sorte que, à l’inverse des espèces animales, il doit tout apprendre, y compris à marcher ».

Si l’une des conséquences de cette naissance « prématurée » est l’extrême dépendance de l’être à naître, c’est aussi à ce cerveau immature à la naissance que l’homme doit son exceptionnelle capacité d’apprentissage…

Dans sa première année de vie, un bébé en bonne santé qui reçoit les soins nécessaires semble « obéir » à quelques lois incontournables régissant son développement sensoriel, moteur, et affectif.

C’est ici qu’interviennent les réflexes primitifs. Ce sont ces lois ou ces « programmes » inhérents à l’espèce humaine qui vont permettre au cerveau de poursuivre sa maturité en faisant exécuter au bébé des mouvements répétitifs spécifiques déclenchés par des stimuli précis. Par exemple, si vous caressez la zone de la joue proche de la bouche, le nouveau-né va orienter sa tête dans cette direction. Si vous mettez un doigt dans sa main, il va s’y agripper systématiquement, sans intervention de sa volonté. L’orientation de sa tête dans une direction donnée va entraîner une extension ou une flexion de ses membres, etc.

Ces mouvements réflexes d’agrippement, de fouissement, et bien d’autres encore (on en a identifié environ 70), sont là tout d’abord pour assurer la survie de l’enfant à la naissance. Quelques-uns de ces réflexes sont « testés » par le pédiatre chez le petit qui vient de naître afin de s’assurer du bon développement de son système nerveux. S’ils sont présents à la naissance, cela indique que nombre d’entre eux se sont développés in utero. En effet, on peut observer à l’échographie le foetus sucer son pouce, agripper son cordon, et la femme enceinte peut témoigner de phases d’activations plus ou moins intenses de son enfant dans la journée.
C’est en réalité dès la 5° semaine de gestation, que l’embryon réagit à un stimulus.
C’est le début d’une longue série de programmes réflexes qui vont se mettre en place et s’exprimer au fil de la grossesse, tandis que d’autres réflexes vont s’exprimer au moment de la naissance, ou dans les semaines suivantes pour que le bébé s’adapte au nouveau champ gravitationnel auquel il est soumis.
Ces programmes réflexes ont un rôle précis à jouer : outre leur rôle protecteur de survie, ils sont à la base du développement postural, moteur et émotionnel de l’enfant. Si leur mise en place n’est pas entravée, ce sont eux qui vont permettre à l’enfant de sentir la sécurité nécessaire à son épanouissement. Ce sont eux qui, à force de faire répéter le même geste au bébé pendant des semaines, vont permettre à son cerveau de développer de multiples connexions vers les aires supérieures responsables du contrôle moteur, du contrôle de l’impulsivité, du contrôle émotionnel, du contrôle sensoriel, de la cognition, etc. En grandissant, l’enfant va peu à peu remplacer l’aspect « réflexe » de ses gestes par un choix conscient. Par exemple, il va être en mesure de décider avec quelle pression il va saisir le doigt ou l’objet mis dans sa main, il va s’entraîner à le lâcher, à laisser tomber l’objet de façon répétée, découvrant la liberté procurée par l’expression de sa propre volonté.

Ce sont eux aussi qui vont permettre à l’enfant d’apprendre successivement à tenir sa tête, à se retourner, à attraper des objets pour les porter à la bouche, à ramper, puis à se tenir à quatre pattes, à s’y balancer, à s’y déplacer, à s’agripper pour se hisser puis se lâcher pour enfin marcher.

Vers l’âge d’un an, la plupart de ces réactions réflexes ne devraient plus avoir lieu. Cela ne signifie pas que les réflexes disparaissent. On dit de façon plus exacte qu’ils s’intègrent, qu’ils se sont suffisamment activés pour céder la place à des mouvements plus contrôlés, à un niveau de conscience supérieure.

Cependant, on constate aujourd’hui que chez de nombreux enfants ou adultes (ne présentant par ailleurs aucune lésion ou trouble du développement), certains de ces réflexes sont toujours actifs – dans des proportions différentes selon les cas – et que cette expression les empêche d’accéder pleinement à leur potentiel cognitif, postural ou émotionnel. En effet, si à chaque fois que je prends un crayon en main je ne peux m’empêcher de le serrer au point de développer des tensions musculaires dans le bras, l’épaule, voire mon pied, mon cerveau ne va pouvoir être disponible à 100 % pour la tâche requise. Si à chaque fois que je tourne la tête mon bras et ma jambe semblent vouloir s’étendre du même coté, je vais être maladroit et faire tomber ce qui se trouve devant moi, ou alors, pour éviter cela, je vais intérieurement « verrouiller » mes membres, enrouler mes pieds autour de ceux de la chaise par exemple, ou m’asseoir sur une de mes jambes repliées, générant ainsi de nouvelles tensions. Si mes réflexes se sont peu développés, je n’aurai pas un schéma corporel clair dans mon cerveau. Je vais donc avoir besoin de sans cesse agiter, cogner ce corps pour indiquer à mon cerveau où il se trouve, et l’on va me parler d’hyperactivité… L’expression de ces réflexes se fait d’autant plus sous l’effet du stress.

Toutes ces compensations d eviennent une seconde nature et je ne comprends pas pourquoi je rencontre des blocages dans mes apprentissages, mon comportement, etc. de façon récurrente.

Alors comment éviter ceci ? Comment permettre à ces réflexes d’émerger au bon moment, de s’activer le temps nécessaire à l’apprentissage de nouveaux gestes, de nouvelles postures, et de s’intégrer les uns après les autres ?

Si, en tant que parents on se doit d’accepter de ne pouvoir tout contrôler, il y a en revanche quelques erreurs qui peuvent être évitées pour agir de façon préventive, et ce, dès la grossesse.

Souvenez-vous, les premières réponses à un stimulus apparaissent in utero vers la 5ème semaine. C’est également très souvent la période où la femme apprend qu’elle est enceinte. La façon dont cette nouvelle va être perçue par la future maman peut avoir un impact sur l’embryon. Si cette nouvelle est source de grand stress pour la mère, le réflexe de paralysie par la peur risque d’être stimulé à de nombreuses reprises, perturbant son intégration et le développement des réflexes en découlant. Si ce stress perdure pendant la grossesse et au-delà de l’accouchement, l’enfant va avoir le plus grand mal à accéder à une sensation de sécurité dans son quotidien. D’autres facteurs de stress in utero peuvent empêcher le bon développement et l’intégration du réflexe de paralysie par la peur (Jane Field – 1996) : Consommation de tabac, d’alcool, de drogues par la mère pendant sa grossesse. Crainte excessive de la mort subite du nourrisson, surtout entre les 2° et 4° mois.

Vous l’aurez compris, l’ennemi n°1 est le stress. Outre l’hygiène de vie préconisée, évitez tant que faire se peut les situations (ou les personnes) anxyogènes. En vous protégeant, vous protégez ainsi votre enfant. Et si votre quotidien vous impose des sources de stress, optez pour des moments de marche et de détente en pleine nature, des séances de yoga adaptées pour femmes enceintes, ou pour de l’haptonomie qui – outre la détente – apportera au père l’opportunité de « communiquer » avec son enfant et à la triade de se mettre en place plus facilement.

Evitez de céder à la tentation de multiplier les échographies si elles ne sont pas absolument nécessaires selon votre médecin. Prenez du temps pour vous et votre bébé à naître, pour lui parler, invitez les sensations d’espace, d’élargissement au fil des mois.

Si l’accouchement est un moment que vous redoutez, parlez-en avec d’autres femmes qui ont accouché, avec des sage-femmes qui offrent une préparation à l’accouchement. Renseignez-vous, lisez, pour vous y préparer et pour anticiper sur ce que vous souhaitez pour ce moment important et ce que vous ne souhaitez pas. Soyez également ouverte à ce que cet accouchement ne se passe pas exactement tel que vous le projetez, restez souple avec cela. Au moment de l’accouchement, on peut se trouver fragilisée, on peut se sentir très « mammifère » et nos facultés d’analyse rationnelle peuvent s’en trouver amoindries, d’où l’intérêt de s’y préparer auparavant.

Le déroulement de l’accouchement a certainement un impact sur le bon développement des réflexes. En effet, lors d’une grossesse arrivée à terme, le foetus prêt à naître sécrète les hormones qui vont permettre au travail de commencer. Commence alors un processus très actif de mouvements réflexes entre le bébé et sa mère pour que celui-ci puisse s’engager et naître. Cette phase est cruciale pour la bonne mise en place de ces réflexes.

Si pour quelque raison que ce soit, cette interaction entre les contractions de la maman et les mouvements réflexes de son enfant est modifiée, voire supprimée, comment les réflexes qui « attendent » de s’exprimer à cet instant fondamental vont pouvoir faire leur travail, comment vont-ils pouvoir s’activer puis s’intégrer ?

Près de 90% des enfants qui consultent pour troubles de l’apprentissage ou du comportement n’ont pas eu une naissance naturelle (césarienne, forceps, déclenchement programmé). Attention, ceci ne signifie pas qu’un enfant dont la naissance n’est pas naturelle aura forcément des problèmes d’apprentissage !

Les progrès techniques permettent aujourd’hui de rendre ce moment de l’accouchement beaucoup plus sécure qu’à l’époque de nos grands-parents. Cependant, la notion de sécurité pour l’enfant et sa mère ne dérive-t-elle pas parfois vers des considérations qui seraient plus d’ordre pratique, confortable, voire économique ?

Si l’OMS fixe les limites acceptables du taux de césariennes entre 5% et 15%, c’est-à-dire les césariennes médicalement justifiées, la moyenne nationale dépasse les 20% en France, avec une grande disparité selon les établissements.

Toute intervention absolument non nécessaire pendant l’accouchement est donc à éviter.
Choisir la date de l’accouchement pour raison de planning risque de coûter bien cher à l’enfant et à ses parents dans les années qui vont suivre, les réflexes primitifs ne pouvant se développer correctement la plupart du temps.
Certaines futures mamans vont jusqu’à faire le choix de la césarienne par peur de la douleur. Ici aussi, on ne saurait que trop leur conseiller de se faire accompagner dans une bonne préparation à l’accouchement.
Cet acte répété depuis la nuit des temps n’est ni anodin, ni une maladie.
Une fois le bébé au monde, il devrait être posé sur le ventre de sa mère, et son cordon cesser debattre pour être coupé. Une fois arrivé dans un environnement calme sur le plan sensoriel (lumière tamisée, gestes tranquilles, etc), doucement lui parler, et si possible, le laisser ramper jusqu’au sein, ce qui peut prendre beaucoup de temps. Le reste peut attendre…

Si le choix n’est pas celui de l’allaitement au sein, ici encore la bonne mise en place des réflexes sera favorisée si vous prenez soin de changer le bébé de côté à chaque biberon, comme cela se fait lors d’un allaitement naturel. L’oeil, l’oreille, le bras, la jambe sollicités le seront de façon alternée. Ainsi, vous développerez les réflexes impliqués dans la latéralisation.

C’est par et pour la latéralisation que le bébé va pouvoir commencer à ramper puis marcher à 4 pattes. Mais pour en arriver là, il va falloir qu’il apprenne tout d’abord à contrôler sa tête. Le bébé est capable de tenir sa tête très tôt. La façon dont il est porté lui permettra de renforcer plus ou moins son tonus musculaire. Un bébé dont on tient précautionneusement la tête ses premiers mois comme s’il était de porcelaine n’aura pas l’opportunité de renforcer les muscles de son cou, de son dos.

Un bébé installé pendant des heures dans un transat « pour qu’il puisse nous voir », ne pourra développer son tonus musculaire.

Lorsqu’il est éveillé, l’enfant devrait être porté, bercé, touché, sollicité, mais aussi souvent placé à même le sol. C’est à partir de cette position qu’il va pouvoir lever la tête puis avoir envie d’explorer le monde qui l’entoure. Ainsi il va chercher à se déplacer, d’abord en rampant, puis à 4 pattes.

Si votre enfant n’aime pas être à plat ventre, l’y encourager quelques secondes au début : ça peut-être sur le ventre de son papa ou de sa maman dans un premier temps. Dans la mesure du possible, ne capitulez pas, ne faites pas l’économie de cette étape, surtout si la naissance a nécessité une intervention médicale conséquente. Ne cherchez pas à le faire marcher trop tôt, il a toute la vie devant lui ! La période du 4 pattes peut commencer dès 6-7 mois selon les enfants et durer au-delà de la marche debout (vers 12 mois). L’important est que votre enfant se déplace, bouge, évolue dans un environnement sécurisé. S’il rencontre un obstacle, encouragez-le à le franchir plutôt que d’aller au devant de ses besoins en lui facilitant systématiquement la tache. Sa vitalité et sa curiosité n’en seront que renforcées.

Proposez-lui des expériences sensorielles plutôt que des stimulations intellectuelles. Son cerveau est encore « en chantier » : les routes doivent être terminées avant que les concepts puissent circuler.

On a tendance à limiter les 5 sens à la vue, l’ouie, le goût, l’odorat et le toucher. Cependant, le sens vestibulaire, responsable de l’équilibre, est un des premiers à se développer in utero, et lorsque le bébé naît, tous ses points de repère changent dans le nouveau champ gravitationnel. C’est en étant porté, bercé, balancé, qu’il va pouvoir s’y adapter. Si l’enfant a été stimulé sur le plan vestibulaire, il sera mieux à même de comprendre son schéma corporel et de comprendre ses besoins et motivations profondes. Et si l’enfant a cette compréhension de lui-même, il sera mieux à même de comprendre l’autre. Cet épanouissement est à la base de saines relations…

De plus en plus de parents consultent, non pas pour des problèmes d’apprentissage de leur enfant qui est plutôt brillant scolairement, mais pour des difficultés relationnelles ou comportementales. Ce sont généralement des enfants qu’on a beaucoup et très tôt stimulés sur le plan intellectuel et qui paradoxalement ne savent pas découper correctement, s’habiller seuls ou boutonner leurs vêtements, faire du vélo, etc. Ils semblent « encombrés » par leur corps, ils sont maladroits et gigotent beaucoup car n’ont pas intégré les limites de leur enveloppe corporelle dans leur cerveau. Mieux vaut une tête bien faite….

Pour cette raison, encouragez votre enfant à jouer, à sortir, à faire de l’activité physique plutôt que de passer du temps avec des consoles de jeux et autres écrans.

Arrivé en âge scolaire, ne soyez pas pressé, ne succombez pas à l’esprit de compétitivité auquel certains souhaiteraient vous voir adhérer. Faire sauter une classe ou deux à un enfant satisfait souvent l’ego du parent. Si l’enfant a des facilités, profitez-en pour lui faire faire des activités extra-scolaires sportives ou artistiques. Et si l’enfant rencontre des difficultés, des activités physiques lui seront bien plus bénéfiques que de rester puni en classe à l’heure de la récréation ou que des heures de soutien à la fin d’une journée d’école.

À une époque où les burn-out se multiplient et où les stages de méditation affichent complet, ménagez du temps libre à vos enfants, un temps où rien n’est prévu, un temps sans TV, sans ordi, sans cours particulier de ceci ou cela, un temps où ils auront l’opportunité de faire appel à leur créativité … et lorsque votre enfant aura appris à lire, continuez à lui lire des contes, ou les histoires de son choix, même si c’est la 10ème fois qu’il vous la demande, il n’en comprendra que mieux le monde dans lequel il grandit…

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